Usson : le village-prison d'Auvergne.
     Sur un piton volcanique formé d'orgues basaltiques les Comtes d'Auvergne avaient édifié une forteresse.
Après des travaux entrepris pas le Duc de Berry  à la fin du XIVe siècle Usson devint une des plus fortes places de la région. Elle était la convoitise des Anglais qui l'assiégèrent plusieurs fois, mais Du Gesclin la leur reprit et Louis XI s'en servit de prison pendant quelques temps.

     Sur le sommet de la butte s'élevait un gros donjon quadrangulaire surmonté d'une tourelle de guet. Il était entouré d'une première muraille crénelée avec de nombreuses tours.
Cette première muraille était doublée par une seconde encore plus vaste, avec de nombreuses  tours aussi, on ne la franchissait que par une unique porte fermée par une très lourde grille.

     Enfin une troisième muraille entourait les deux premières et englobait le village avec son église.
Usson fut donné en 1572 par Charles IX à sa sœur Marguerite de Valois pour compenser sa dot qui n'avait pas été payée.

      Marguerite de religion catholique fut  bientôt délaissée par son mari huguenot, Henri de Navarre, futur Henri IV "jeune rustre, mangeur d'ail, puant des pieds et du gousset".  Elle l'avait épousé, en 1572, forcée par sa mère Catherine de Médicis.

     En 1585, le couple étant alors installé à Nérac, elle décide de partir faire ses Pâques à Agen où elle reste 3 mois. Henri III alerté par Henri de Navarre envoie des troupes pour la ramener, mais Marguerite s'enfuit vers sa forteresse de Carlat en Haute Auvergne où elle tombe malade.
"Le printemps arrange les choses et aussi les soins d'un jeune apothicaire qui éponge la sueur de la malade et lui arrange tendrement ses oreillers"! ! (Jean Anglade). Catherine de Médicis consent  tout de même à l'aider et lui offre d'aller à Ybois près d'Issoire. Elle part 

Dessin d'imagination fait d'après des récits

donc pour Ybois en passant pas le Lioran, Murat et Allanche dans le Cantal, puis par le Luguet, Besse, Saint Saturnin dans le Puy-de-Dôme elle arrive à Ybois après avoir traversé l'Allier au risque de se noyer. 
A Ybois Marguerite menace de se suicider.

     Son frère, Henri III, ordonne qu'elle soit enfermée à Usson dans son château sous la garde du marquis de Canillac. 

     Elle y restera jusqu'en 1605.

     Sa vie à Usson semble avoir été assez tumultueuse, galanteries, intrigues politiques mais le tout "enrobé" d'une authentique piété.

     Du roman d'Alexandre Dumas dont elle fut l'héroïne il lui resta le surnom de la "Reine Margot".


     A Usson, cette femme intelligente, belle et cultivée favorisait tous les arts, elle s'entourait de chanteurs, musiciens, savants, philosophes, etc.. , elle composait des poèmes. Elle était très généreuse, distribuait nourriture et vêtements aux habitants, elle créa "La Donnerie d'Usson".

     Certains noms de lieux-dits ou communes des alentours, refléteraient les activités coquines qu'elle allait y exercer : Valz-sous-Châteauneuf, Chambrefaite ? 

     La démolition du château avait été demandée par Marguerite elle même car affirmait elle "Le château ruinerait le pays s'il était entre de mauvaises mains", celle-ci eut lieu en 1633.

     Actuellement il ne reste du château, qu'une petite porte ; de l'église, la chapelle dite "de la Reine", elle a été modifiée et agrandie par adjonction d'autres constructions. Dans le village actuel, très agréable à visiter, quelques maisons conservent des éléments  de la Renaissance et on perçoit le chemin de ronde sous la végétation.

     Le village d'Usson abrite encore des artistes, on peut voir le talent de certains sur les murs du village où est retracée la vie de Marguerite de Valois sur de très jolies plaques en lave émaillée.

     Usson est classé dans "Les plus beaux villages de France"
 

 

Les images sont extraites du dépliant donné par l'Office du tourisme

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BIBLIOGRAPHIE
 
 

Quelques extraits du livre de 
Jean Anglade : Les grandes heures de l'Auvergne

Librairie Académique Perrin






La reine Margot.

     Marguerite de Valois, sœur de Charles IX et d'Henri III, fille mal aimée de l'impitoyable Catherine de Médicis, eut tous les dons nécessaires pour gagner chez nous une durable popularité : la beauté, la générosité, le malheur. Après des chevauchées et mésaventures qui firent d'elle l'héroïne d'un roman de cape et d'épée (qu'Alexandre Dumas ne manqua pas d'écrire), elle trouva en Auvergne des résidences volontaires ou forcées et y demeura un quart de siècle. Son souvenir concret persiste dans de nombreux bourgs du Cézallier et du Lembron qui s'enorgueillissent de posséder une « maison de la reine Margot » plus ou moins authentique.

     Ses contemporains rivalisent de superlatifs peur chanter sa beauté. Ronsard lui consacre un long poème : A la Marguerite et unique perle de France, la Reine de Navarre. Montaigne la range " parmi ces divines, surnaturelles et extraordinaires beautés qu'on voit parfois reluire comme des astres sous le voile corporel et terrestre " Brantôme la décrit ainsi, lorsqu'elle apparut en 1576 aux Etats Généraux de Blois : « Je vis aussi cette notre grande reine, vêtue d'une robe d'orangé et noir et son grand voile de majesté ; étant assise en son rang, elle se montra si belle et si admirable que j'ouïs dire à plus de trois cents personnes de l'assemblée qu'ils s'étaient plus avisés et ravis à la contemplation d'une si divine beauté qu'à l'ouïe des beaux et graves propos du roi son frère, encore qu'il eût dit et harangué des mieux. » Aux dons du corps, elle joint ceux de l'esprit, écrit des vers, parle l'italien et l'espagnol comme sa langue maternelle, s'est adressée un jour en latin, avec une élégante facilité, aux ambassadeurs polonais.

     Elle fait son premier séjour en Auvergne en 1565, âgée seulement de treize ans, lorsqu'elle accompagne sa mère et Charles IX dans le grand voyage raconté ci-dessus. Sept ans plus tard, suivant les volontés de sa mère et malgré sa répugnance, elle doit épouser un, jeune rustre mangeur d'ail, puant des pieds et du gousset : Henri de Navarre. Comme il est huguenot et elle catholique, on demande à Rome une dispense qui ne vient pas. Catherine feint pourtant de l'avoir reçue. La cérémonie a lieu le 18 août 1572. A la question rituelle : « Marguerite de Valois, consentez-vous à prendre pour époux Henri de Navarre ? », elle reste immobile, les yeux baisses. Alors, son frère Charles lui donne une tape furieuse derrière la tête, qui l'oblige à s'incliner : chacun fait mine de prendre ce geste pour un assentiment. Ensuite, le marié s'éclipsera par une porte dérobée pour ne pas devoir assister à la messe.

     Une semaine plus tard, dans la nuit de la Saint Barthélémy, Catherine ordonne le massacre des protestant.  Un huguenot épouvanté et sanglant se réfugie dans la chambre de Marguerite, qui le prend dans ses bras pour le protéger; elle sauve de même le baron de Miossens et Jean d'Armagnac, écarte le danger de son mari.

     Bientôt, cependant, le roi de Navarre délaisse sa femme pour des consolatrices de haut ou de bas étage. Elle-même ne tarde pas à trouver des dédommagements auprès d'hommes raffinés, parfumés, capables de réciter ou d'inspirer des vers.

     Car beaucoup d'hommes, devant sa beauté perdent la tête pour elle au sens figuré, avant de la perdre au sens propre : Charles IX lavait ainsi l'honneur de son beau-frère.

     En 1579, elle rejoint son mari en Gascogne et s'installe avec lui à Nérac où chacun d'eux, comme les mains du pianiste, ignore ce que fait l'autre.

     Elle décide d'en partir un jour pour Agen sous prétexte d'y aller faim ses Pâques : elle y reste trois mois. Le Béarnais alerte son second beau-frère, Henri III, successeur du premier, lequel envoie des troupes afin de ramener au nid la pigeonne envolée. Elle ne se laisse pas prendre, abandonne meubles, bijoux, bagages et s'enfuit vers la Haute Auvergne où elle possède la forteresse de Carlat. Six jours de suite, elle galope en croupe du capitaine d'Aubiac, par monts et par vaux, au milieu des ligueurs, des troupes royales, des brigands, des huguenots. Ses dames et demoiselles la suivent comme elles peuvent, sur des chevaux ou des ânes.  Partie le 25 septembre 1585, elle couche au village de Brassard, dans l'Agenais, le lendemain, à Saint-Projet (Lot); le 27 à Bournazel, dans le Rouergue; le 28, elle est à Entraygues, le 29 à Montsalvy; le 30, chez elle, à Carlat, protégée et gardée à la fois par le gouverneur, Gilbert de Marzé (ou de Marses).

     Les jours suivants, affluent ses meubles, ses robes, ses serviteurs, laissés provisoirement à Agen. Ainsi munie, elle s'efforce d'acheter le gouverneur et son frère, Robert de Lignerac; mais eux envisagent un autre marché : la vendre très cher à l'un des trois Henri : le roi de Fiance; le roi de Navarre; Guise, le chef de la Ligue.

     Le château de Carlat était une antique forteresse, aux dimensions colossales, établie sur une table de basalte à l'entrée méridionale de l'Auvergne, qu'il défendait contre toute invasion venant de Guyenne. Sous Louis XI, le seigneur de Carlat, Jacques d'Armagnac, y avait subi un siège de dix-huit mois avant d'être pris par les troupes royales, mis en cage, enfin décapité aux halles de Paris. Par la suite, Carlat passe aux mains des ducs de Bourbon, de Louise de Savoie (mère de François 1er), de Catherine de Médicis. Environné de ravins escarpés, il comprend alors une double enceinte munie de tours puissantes. A l'intérieur, une église, une commanderie de Malte, un couvent de clarisses, des casernes, des écuries, l'hôtel du gouverneur et le palais appelé « Bridoré », où Marguerite établit sa résidence.  Dans ce rude climat, dans cette forteresse fouaillée par les pluies et les vents, elle tombe malade. Inquiets pour leur trésor, les deux geôliers la font soigner, appelant tous les praticiens locaux, et aussi un fameux docteur de Moulins, le sieur Delaunay. Le bruit de sa mort court même dans Paris. « Il n'en est rien, répondent ses adorateurs. Il a fait trop clair et trop beau ces jours-ci. Si Margot était morte, nous aurions vu une éclipse de soleil, par la grande sympathie que ces deux astres ont l'un pont l'autre. »

     Le printemps arrange les choses on effet. Et aussi les soins d'un jeune apothicaire qui éponge la sueur de la malade et arrange ses oreillers. Si bien qu'elle lui manifeste tendrement sa reconnaissance. Une fois encore, ces amours finissent tragiquement : Lignerac les surprend et plonge sa dague dans le cœur du jouvenceau.

     Marguerite songe à mourir. Puis elle appelle à son secours sa mère Catherine :

     Madame, si au malheur où je me vois réduite il ne me restait la souvenance de l'honneur que j'ai d'être votre fille et l'espérance de votre bonté, j'aurais déjà de ma  propre main devancé la cruauté de ma fortune; mais me souvenant, madame, de l'honneur que vous m'avez toujours fait, je me jette à vos pieds et vous supplie très humblement avoir pitié de ma trop longue misère...

     La reine mère consent à faire quelque chose : elle lui offre son château d'Ybois, près d'Issoire. De Lignerac n'ose la retenir et se contente de garder une part de ses bijoux. Elle part donc, le 14 octobre 1586, après un an de séjour, en croupe d'Aubiac, comme à sa venue. Suivant un itinéraire assez capricieux, par le Lioran, Murat, Allanche, le Luguet, Besse, reçue par les bourgeois et les seigneurs avec les honneurs que lui mérite son rang, elle passe l'Allier à gué, près d'Orbeil, et commence de gravir la pente qui conduit à Ybois, à l'entrée de la vallée où prospère l'abbaye de Sauxillanges

     Margot trouve des appartements délabrés, des vivres grossiers et chiches, une garnison hostile. Les troupes royales arrivent, cernent le château, s'emparent d'Aubiac, protecteur et amant de sa reine, transportent celle-ci à Saint-Saturnin, où elle reste du 6 au 13 novembre. Elle y écrit une lettre au mettre d'hôtel de Catherine de Médicis, Antoine de Sarlan, où elle évoque encore son imminent suicide : "..... Je désire au moins avoir ce contentement que ma mère sache que j'ai eu assez de courage pour ne tomber vive entre les mains de mes ennemis...   Sous son assurément et commandement, je m'étais sauvée chez elle; et au lieu du bon traitement que je m'y promettais, je n'y ai trouvé que honteuse ruine. Patience! Elle m'a mise au monde, elle m'en veut ôter. Mais je sais bien que je suis entre les mains de Dieu; rien ne m'adviendra contre sa volonté; j'ai ma fiance en lui et recevrai tout de sa main »

     Elle n'a pas cependant le courage d'accomplir sa menace. Henri III ordonne alors qu'elle soit enfermée au château d'Usson sous la garde du marquis de Canillac. Quant à Aubiac, on le transporte vers Paris aux fins de jugement. A Aigueperse, son escorte rencontre les officiers du mi porteurs d'un ordre d'exécution sommaire. On dresse une potence sur la place Saint-Louis, on y tuerie le gentilhomme qui meurt en baisant mu manchon de velours bleu, présent de sa Dame.

     Joseph Scaliger, qui y vécut en compagnie de maints autres beaux esprits, décrit ainsi Usson et son château :

    Une ville située en  plaine ou il y a  trois villes l'une sur l'autre, en forme de bonnet de pape; tout à l'entour de la roche et en haut, le château, avec une villette à l'entour. Il y a en ce château cinq murailles. La première na aucune tour; mais quand on passe celle-là, on voit en haut, en l'air, le château bien flanqué de grosses tours, hors de toute atteinte pour l'escalade, fondée sur un rocher de pierre dure en forme de pyramide. Ce château est imprenable. C'est pourquoi on lit un petit écrit sur une porte: Garde le traître et la dent! signifiant qu'il ne peut être pris que par trahison ou par famine.

     Margot habitera près de vingt ans cette ancienne prison. Au début, sa captivité fut assez dure, parmi les espions du roi ; mais très vite, elle gagna la sympathie de son geôlier qui, aux dires de plusieurs chroniqueurs, tomba même éperdument amoureux d'elle.

     Autour d'Usson, cependant, ligueurs, protestants, catholiques se massacraient du meilleur cœur. Tandis
qu'au loin flambaient les villes et les villages, la reine Margot remplissait ses appartements de tapisseries et de tentures, s'entourait de chanteurs, de musiciens, de savants, de lettrés ; Honoré d'Urfé, Brantôme, Joseph Scaliger, Jean Beaudoin, François Maynard. Elle composait des vers, elle passait d'un, amant à l'autre. Elle eut longtemps pour favori Claude François de Pominy, originaire du Puy, futur seigneur de Grèzes et de La Bastide. Jalouse de lui au point de faire construire des lits surélevés pour ses dames et demoiselles, afin de pouvoir vérifier elle-même commodément à toute heure du jour et de la nuit s'il n'était point caché dessous. C'est qu'elle avait le cœur débordant  de passions et de générosités dont tout le monde profitait autour d'elle. Dans ses promenades, il lui arrivait souvent d'enlever provisoirement un enfant à sa mère, de l'emporter an château, de le combler de caresses et de sucreries avant de lui rendre la liberté.

     De loin, son royal et grincheux époux jugeait avec sévérité sa conduite et ses extravagances. Cette idée qu'elle avait eue, pu exemple, de faire venir des chameaux d'Espagne. « Il est venu, écrivait-il à une de ses maîtresses, un homme de la part de la dame aux chameaux me demander passeport pour cinq cents tonneaux de vin, sans payer taxe, pour sa bouche. C'est se déclarer ivrognesse en parchemin. De peur qu'elle ne tombât de si haut que le dos de ses bêtes, je le lui ai refusé. Il y avait tant de gens autour d'elle à nourrir et abreuver ! C'est une dangereuse bête qu'une mauvaise femme Je n'attends que l'heur d'ouïr dire qu'on aura envoyé étrangler la feue reine de Navarre. Cela, avec la mort de sa mère, me ferait chanter le cantique de Siméon. "  Il s'exprimait plus brutalement encore dans cette lettre du 18 mai 1589: « Le roi m'a parlé de la dame d'Auvergne; je crois que je lui ferais faire un mauvais saut. »

     Une fois monté lui-même sur le trône de France, il demande l'annulation de leur mariage stérile. Margot 
accepterait de bon cœur si elle était sûre de ne pas lui voir épouser Gabrielle d'Estrées, cette décriée bagasce (entendez : cette Marie-salope) qui lui a déjà fait plusieurs bâtards. Sully la rassure; elle finit par se rendre à ses raisons, se laisse démarier. Henri IV la remercie alors par une épître royalement hypocrite: « Ma sœur, les délégués de notre saint-père pour juger la nullité de notre mariage ayant enfin donné leur sentence à notre commun désir et contentement, je n'ai voulu différer plus longtemps à vous visiter sur telle occasion, tant pour vous en informer de ma part que pour vous renouveler les assurances de mon amitié. "

     Les lettres qu'elle lui adresse de son côté seront toujours remplies de la plus tendre sollicitude. Ainsi, le 14 janvier 1595, après l'attentat de Jean Châtel perpétré contre Henri IV : « Monseigneur, ... je n'ai pu m'empêcher par cette lettre de témoigner à Votre Majesté et l'appréhension que j'ai eue de votre mal, et la joie que j'ai ressentie de vous savoir échappé d'un si grand danger. »

     Cependant, les années passent, et Margot se fatigue de son exil. Elle exprime au roi son désir de revenir à Paris et lui en demande la permission, Comme celle-ci tarde à venir, elle fait ses bagages et quitte Usson en juin 1605. Avant son départ, elle signe par-devant maître Portail, notaire, une donnerie éternelle en faveur des pauvres vivant sur les paroisses d'Usson, Ybois et Saint-Babel, « de la quantité de six douzaines de pains, chacun pesant une livre, et de la somme de quinze sols, qui seront donnés et distribués chaque jour à perpétuité », à raison d'un demi-pain par pauvre; plus un habit pour dix hommes et deux robes par petite fille « de drap bleu garnies de leurs manches et avec les boucles et lacets » ; plus, le jour de Noël une paire de souliers, une chemise et des chausses de drap blanc par pauvre du sexe masculin.

     Le mois suivant, elle se présente au Louvre.

     Henri IV s'avance vers elle, la mine fleurie, et déclare:

     " Mon cœur n'a jamais été séparé de vous !  Vous êtes maintenant dans cette maison où vous avez toute puissance comme en toute autre où la mienne s'étend ! »

     Il la conduit vers sa seconde épouse, Marie de Médicis, qui attend, pâle et tremblante au pied du grand escalier. Marguerite salue la reine en titre comme il convient, et elles montent ensemble les degrés, l'une toujours émue et embarrassée, l'autre avec une dignité parfaite. Bientôt, on lui envoie le Dauphin le futur Louis XIII; elle prend l'enfant sur ses genoux, l'embrasse et lui fait compliment :  « Vous avez bien la mine royale peur commander, comme vous le ferez un jour. »

     Malgré l'âge, elle ne renonce point aux joies de la vie; elle offre, en sa maison du bois de Boulogne, le château de Madrid (qui sera démoli par Louis XVI), orné par Bernard Palissy, des réceptions et des divertissements. En 1607, un jésuite qui prêche le carême se plaint « qu'il n'y ait si petite coquette à Paris qui ne montre ses tétons prenant exemple sur la reine  " ; mais il ajoute par prudence que  "  beaucoup de choses sont permises aux reines et défendues aux autres femmes "

     Réconciliée avec son ex-époux, elle pleure sincèrement lorsqu'il tombe sous le couteau de Ravaillac : sa vie a été remplie de ces fins sanglantes. Elle connaît de derniers plaisirs amoureux, grâce à un joueur de luth, surnommé par les jaloux " le roi Margot », et termine ses jours dans une grande piété, le 27 mars 1615, en son palais de la rue de Seine. Son corps reste dix-huit mois exposé à la vénération publique dans la proche église des Augustins.

     En 1633, le château d'Usson sera démoli sur les ordres de Richelieu. Il n'en subsiste que les éboulis, quelques fragments de muraille ou de voûte, la chapelle où la reine venait prier.
 
 

Histoire des communes du Puy-de-Dôme 

Sous la directionde A.-G. MANRY, agrégé de l'Université

Editions HORVATH


USSON

     Altitude : 600 m Superficie : 543 hectares. Sén.de Riom, élect. d'Issoire. Population : 1796 (évaluation) 906 habitants, 1826 : 910 hab., 1896 : 506 hab., 1968 : 168 hab., 1982 :183 hab.  Origine du nom : Castrum Utiense (Grégoire de Tours - VIe s), Uxodunum (VIIe), Uzo (982), Ucionensis (1096), Uteo (1207) ; ces formes viennent probablement d'un patronyme gaulois, dunum signifiant forteresse. Les habitants sont les  Ussonais.

     Le bourg étage ses maisons sur les pentes supérieures d'un piton volcanique haut de 639 mètres qui, sur son flanc  sud, est formé d'orgues, basaltiques, le site est classé. Du sommet on a un vaste panorama.

     Dans les environs on trouve du fer en grains ou en rognons et l'on prétend qu'au XVIe s. une mine de cuivre a été exploitée. Legrand d'Aussy, le voyageur du XVIIIe s; dit que l'on exploita de l'or à Usson avec lequel on frappa une médaille offerte à Louis XV qui la donna à la nourrice d'une de ses filles, sans doute une belle légende.

Le Moyen Age

     La butte d'Usson fut certainement fortifiée très tôt puisque Thierry, le fils de Clovis, s'en empara Ion de son raid en Auvergne en 532. Un peu plus tard il y avait là à l'époque carolingienne le siège d'une viguerie (circonscription administrative). Mai, on ne courait vraiment l'histoire d'Usson qu'à partir du XIe s., c'était une possession des comtes d'Auvergne.

     Au début du XIIIe s., à la suite du conflit tonne l'évêque de Clermont et le comte Guy II, Philippe Auguste s'empara de la majeure partie des biens de ce dernier, mais lui laissa Usson. Pendant la guerre de Cent Ans, en 1371, une bande de rouyiers s'en saisit. Duguesclin tenta de les chasser, il échoua et ce ne fut qu'après d'énormes préparatifs qu'il réussit à les faire capituler comme le raconte Froissart. Quelques années plus tard, le comte Jean II, dit le Mauvais Ménagier, toujours à court d'argent, vendit Usson au duc de Berry, oncle de Charles VI (1387), qui y entreprit d'importants travaux et en fit « une des plus fortes places du royaume ». A la mort du duc Usson fit retour au domaine royal (1416). Puis sous Louis XI le château servit quelque temps de prison d'Etat. En 1466 le roi en fit don à Louis, bâtard de Bourbon, marié à Jeanne sa fille naturelle. A la mort de Charles, fils de ces derniers, Usson fit retour à la couronne.

     Si de nos jours il ne reste rien du château, on en possède un dessin précis, dû à Revel, dans son état du XVe s. et plusieurs auteurs dont Brantôme au XVIe s. l'ont décrit avec complaisance.

     Selon Revel le sommet de la butte portait un gros donjon quadrangulaire sans doute de construction ancienne, il était dominé par une haute tourelle de guet et entouré d'une enceinte crénelée et flanquée de tours. Celle-ci était doublée par une autre plus vaste, elle aussi avec des tours, mais non crénelées. On la franchissait par une unique porte défendue par deux tours et fermée par une grille.  Une troisième enceinte entourait cet ensemble, elle était plus basse et crénelée ; elle englobait le petit village et son église. Ainsi pour parvenir au donjon il fallait franchir trois murailles. Au pied du donjon un bâtiment servait de logement. La légende veut qu'une inscription était gravée sur une porte (où exactement ?) : " Garde le traître et la dent », voulant dire que le château ne pouvait être pris que par trahison ou par famine.
 

La reine Margot (Marguerite de Valois) à Usson

     Dans les dernières décennies du XVIe . Usson fut un haut lieu de l'histoire de France avec le séjour forcé de Marguerite de Valois fille de Catherine de Médicis et premier, femme d'Henri de Navarre, futur Henri IV, personnage dont la Littérature plus ou moins romanesque s'est emparé.

     En 1584, brouillée avec son frère Henri III, Marguerite était à Nérac auprès de son mari, mais elle se brouille avec lui et s'installe à Agen qu'elle doit quitter sous la menace des troupes royales ; elle est finalement accueillie  à Carlat (Cantal) par Robert de Lignerat.  Sa mère lui donne alors le château d'Ybois  (aujourd'hui détruit) dans ses terres d'Auvergne, près d'Issoire. Pour s'y rendre elle doit traverser les montagnes d'Auvergne, par Murat et Allanche ; le 6 décembre 1586 elle arrive à Saint-Saturnin, elle en repart le 13 ; pour arriver à Ybois il lui faut traverser l'Allier au Gué de Pertus, personne ne l'attend et elle risque la noyade. A peine installée à Ybois son frère Henri III lui ordonne d'aller à Usson dont la seigneurie lui appartient depuis le don fait par Charles IX en 1572 et confirmé en 1482 pour compenser sa dot de 72 000 livres qui n'avait pas été payée.  Depuis lors tous les villages où Marguerite était passée pendant son voyage et ceux où l'on suppose qu'elle soit passé ont une "maison de la reine Margot".

     Margot devait rester près de 20 ans à Usson, d'abord comme prisonnière sévèrement surveillées par Canillac, puis après avoir obtenu les bonnes grâces de son gardien qui lui remit les clés du château, comme prisonnière volontaire. La vie qu'elle mena est un mélange de libertinage le plus débridé (elle aurait eu deux fils, l'un mort en bas âge, l'autre capucin) et de manifestation de la plus authentique piété sans compter ses intrigues politiques avec tous les partis alors en lutte.  Elle reçut les visites de nombreux beaux esprits du temps et discuta philosophie et littérature avec eux parlant plusieurs langues étrangères. Prodigue elle était toujours à court d'argent malgré l'aide plus que substantielle accordée par son frère Henri III, puis par son mari Henri IV sur lequel elle pouvait exercer une sorte de chantage en refusant de se « démarier".  Finalement elle accepta en 1599 moyennant 200.000 écus, mais avec l'interdiction de rentrer à Paris (elle avait pourtant rendu de grands services à Henri IV en  l'avertissant des complots de Charles de Valois). C'est pourtant ce qu' elle  fera en 1605, le roi laissa faire.  Elle  mourra en1615,  après avoir légué en 1606 tous ses biens, donc Usson au dauphin, le futur Louis XIII.

     Pendant son séjour elle s'était montrée très charitable, distribuant pain et vêtements aux nécessiteux. Avant de partir elle créa une institution de charité, " la Donnerie d'Usson " alimentée par les revenus de sa seigneurie, un acte notarié interminable précise avec minutie les dispositions  : « distribution Pour chacun jour à chaque pauvre de la moitié d'un pain..., plus un habit pour dix pauvres et dix petit, garçons et vingt robes de drap bleu garnies de leu. manches pour dix petites filles a, à chacun desdits pauvres une par de chausse, de drap blanc et une Paire de souliers et une chemise », le tout distribué à Noël La distribution devait être faite par des administrateurs pris parmi les habitants d'Usson dont le curé ré et un « hermite » vivant à Usson.

     En 1663 les revenus de la Donnerie  furent laissés à des Minimes installés dans le village et en 1676 réunis à ceux de l'hôpital général de Clermont.

Le XVIIe et le XVIIIe siècles

     Marguerite aurait en 1606 écrit à Henri IV pour lui conseiller de faire abattre le château d'Usson « qui ruinerait le pays s'il était en de mauvaises mains». Ce sera fait en 1633 selon l'édit pris par Richelieu en 1629. En dehors d'une petite porte d'une enceinte il n'en subsiste rien ; dans le village quelques maisons conservent des éléments de la Renaissance et le chemin de ronde au milieu de la végétation reste visible.

     En 1724 Usson avec Nonette fut vendu par le roi au maréchal Yves d'Allègre, par son mariage sa fille porta la seigneurie à Jean Baptiste Desmarets de Maillebois, maréchal de France. Son fils vendit Usson à Pons  de La Grange,  ses descendants en avaient la possession en 1789.  En mai 1773 l'évêque visita la paroisse ; l'église était sous le vocable de saint Maurice, elle était desservie par un curé nommé par le prieur assisté de prêtres filleuls ; les messes avaient lieu en été à 6 heures et à 7 heures, à 8 heures en hiver. La paroisse de 320 communiants n'avait ni école ni sage-femme. Le cimetière était la fait mauais état, les bestiaux y entraient faute de portes "attendu que 1e curé 1es a faites faire et qu'on les a volées par deux fois".

L'époque moderne

     Dans leur cahier de doléances de 1789 les habitants s'intéressent aux grandes réformes : système fiscal plus juste, gratuité de la justice, abolition des justices  seigneuriales,  suppression des droits de main-morte, assistance publique, création d'un grenier d'abondance....  Il a été visiblement rédigé par des gens instruits.

     En dehors d'un vague attroupement séditieux en l'an VII la Révolution se passa dans le calme.
Vers 1830 56 % du sol utilisable étaient a. labours, 30 % a vignes, 8,5 % en près le reste en friches, bois, jardins, on comptait 3427 parcelles et le village n'était accessible que par de mauvais chemins. Le XXe s. a vu des transformations profondes : fin de l'isolement grâce a une bonne route en 1935, remembrement en 1967-1968 qui réduisit le nombre des parcelles à 536 et bouleversa le paysage. La vigne, sans avoir retrouvé son importance d'avant le phylloxéra, tient toujours une grande place, mais l'essentiel est l'élevage des bovins. De nombreux habitants vont travaille, à Issoire tandis que l'on compte une bonne vingtaine de résidences secondaires. Quant au tourisme il se limite, au passage rapide de quelques visiteurs du site et de l'église.  A. G. M. et L. P.

L'église Saint-Maurice

     Située sur le versant Ouest de la butte, une chapelle dédiée à saint Maurice est mentionnée dès le Xe s.  Elle dépendait alors de l'église paroissiale de Saint-Germain située à Chassagne.  A la veille de la Révolution, elle était devenue un prieuré de l'abbaye dauphinoise des Augustins de Saint-Ruf.  L'église actuelle, (Inv. M.H. 1962) qui s'élevait à l'extérieur du château, est constituée de deux édifices parallèles. Le plus au Nord est une ancienne construction romane dont le chevet plat était percé de fenêtres en plein cintre obturées par des agrandissements ultérieurs et qui forme aujourd'hui la nef principale. Il a été agrandi d'abord à l'Est par l'adjonction d'un choeur moins élevé éclairé par une fenêtre à remplages flamboyants, puis élargi sur toute sa longueur par l'adjonction de nefs latérales, enfin prolongé à l'Ouest par une tour-clocher.  L'autre édifice au sud, ou chapelle dite le la Reine, est une chapelle qui paraît dater du XIVe s. : elle ne comporte qu'une seule travée ; elle est cantonnée à l'extérieur par quatre contreforts d'angle et ses murs reposent sur une base en pierre de taille ; la façade méridionale est percée d'une grande fenêtre finement moulurée qui paraît postérieure au reste de l'édifice. Lors des travaux d'agrandissement de l'église, cette chapelle a été réunie à celle-ci pour ne former qu'on seul édifice ouvrant vers le sud par un perche voûté sur des ogives en anse de panier de style tardif . Le clocher a été entièrement reconstruit de 1774 à 1782.

     L'église, possède un important mobilier : un panneau peint de la fin du XVe s. représentant la résurrection de Lazare, une toile marouflée sur bois par Nicolas Deutsh de 1518 représentant la Crucifixion (M.H. 1902), un tabernacle an bois sculpté peint et doré de 1620 avec représentation de Saint Roch et Saint Verny, lambris (M.H. 1908)  du XVIIIe s. de la chapelle dite des Matharel (du nom d'une grande famille de larégion), statues (M.H. 1967) de Saint Maurice, de deux cavaliers, d'un évêque assis en bois polychrome des XVIe et XVIIe s., statue de Notre-Dame d'Usson en bois peint et doré du XVIIe s.,  statue de saint Verny en bois polychrome du XIXe s. 
La cloche en bronze de 1609 a été refondue eu 1888.

La statue de la Vierge

      Vers 1880 la municipalité décida de  couronner la butte. où s'élevait le donjon, d'une statue de la Vierge, certains voulaient au contraire une  statue de la République. Après maintes discussions la Vierge l'emporta. Elle est érigée sur un piédestal formant chapelle, elle est haute de sept mètres, l'enfant Jésus qu'elle porte tient dans ses bras une javelle de blé. L'inauguration  eut lieu le 16 juillet 1893.

Bois-Rigaud

     Au sud-est de la butte s'élève le château de Bois Rigaud construit à la fin du XIVe s.et très restauré au XVIIIe, il possédait alors une chapelle domestique.  En 1789 il appartenait à la famille de Varennes. On peut y voir de belles boiseries, des tapisseries et une cheminée sculptée.

P.-F. A,

 


 
 

Andrée Parbelle