L A    S A U V E T A T 
                                           U n   v i l l a g e ,   u n e   h i s t o i r e   à   d é c o u v r i r . . . .

Je remercie "Les amis de la commanderie"
Qui m'ont donnée l'autorisation de parler de l'histoire de leur village
(rue des Écoles  - 63730 - La Sauvetat - Tél : 04 73 39 52 67)

En fin de page vous pouvez voir l'emplacement de La Sauvetat sur 
une carte ancienne (fin 18ème siècle)


Situé à 20 Km au Sud de Clermont-Ferrand et à 2 Km de l'autoroute Paris-Montpellier, La Sauvetat présente un ensemble architectural assez singulier.

    Cet ensemble dénommé en Auvergne "QUARTIER DES FORTS" a ici une double particularité : il a pour origine une Commanderie de l'Ordre de St-Jean de Jérusalem (Aujourd'hui Ordre de Malte) dont le caractère militaire reste visible et il est un des derniers témoins, encore en état, de l'évolution architecturale rurale du XIIe au XIXe siècle dans la Limagne du Sud.

HISTOIRE

SITUATION ET ORIGINE

    Le village de La Sauvetat est situé dans la plaine qui longe l'Allier, au pied du Puy de Corent et au sud d'une zone marécageuse, la Narse, aujourd'hui asséchée. 

   A la fin du XIe siècle, on ne trouve aucune mention du nom de La Sauvetat, mais à cette même période (984-1049) la Narse fait l'objet d'une transaction entre les seigneurs du Crest auxquels le lac appartient et les moines de Sauxillanges installés à St Hilaire au nord du marais (aujourd'hui St Alyre commune de Monton). On trouve alors le nom de Juzarat régulièrement mentionné dans le cartulaire de l'Abbaye. 
   Juzarat est également répertorié comme peuplement gallo-romain par Mr Gabriel FOURNIER. Dans son essai sur le peuplement rural en Basse Auvergne, celui-ci rappelle que le Puy de Corent est avec le plateau de Gergovie, un des sites les plus anciennement habité en Basse Auvergne, et qu'à la période gallo-romaine des établissements agricoles s'installent sur les pentes bien exposées et protégées du nord, il donne comme exemple Juzarat et Authezat.

   Aujourd'hui, Juzarat est un terroir de La Sauvetat, en 1883 on y a trouvé une Cérès et une tête de Mercure. Plus récemment des tuiles à rebord et des poteries gallo-romaines ont été mises à jour.

   Ainsi l'implantation gallo-romaine de Juzarat ne semble faire aucun doute, et son existence est encore attestée à la fin du XIe siècle grâce au cartulaire de l'Abbaye de Sauxillanges.

   Dès le XIe siècle, on assiste à des transformations importantes : émiettement du pouvoir comtal, naissance de la féodalité, accroissement de la population et défrichements importants. Les établissements ecclésiastiques affirment leur autorité et deviennent de grandes seigneuries foncières, et de nombreuses familles châtelaines construisent des châteaux de petites dimensions et faciles à défendre.

   C'est à cette période que de nouvelles localités s'installent sur des sites non agricoles, souvent autour d'un château, c'est le cas de Monton puis plus tard, probablement antérieurement au XIIIe siècle, le cas de La Sauvetat qui fait partie de la châtellenie de Monton.

   Ces implantations ne sont pas le fait du hasard, elles sont souvent liées aux grandes voies de circulation. En effet, déjà à la période gallo-romaine, une route nord-sud traverse l'Auvergne. Après Gergovie et Veyre, sans doute pour éviter le fond marécageux de la Narse, elle se dédouble et suit les deux rives orientales et occidentales pour rejoindre Issoire d'une part et Neschers d'autre part.

   On trouve également un texte de la deuxième moitié du XIe siècle qui fait état d'une VIA ROMEA ( route suivie par les pèlerins ) dans la zone de la Narse.

   Ainsi le château de Monton construit à proximité de cette voie nord-sud, en assure la surveillance, le château de La Sauvetat édifié sur un éperon rocheux à quelque distance de Juzarat assure la même fonction sur le tracé occidental de cette route.

   On peut donc penser que le site de Juzarat, essentiellement agricole, est progressivement délaissé et cette désaffection est probablement accélérée voire provoquée par la création d'un " village neuf " érigé en Sauveté pour en assurer le peuplement.

   En effet, le terme de La Sauvetat vient du latin Salvatenum qui signifie "toute étendue de terroir placé sous une sauvegarde particulière", on trouve une sauvegarde de ce genre signée en 980 à Chalons-sur-Saône.
   Les habitants y étaient francs et libres, et pouvaient transmettre leurs biens. Des hommes pouvaient également trouver refuge dans ces villages afin d'échapper aux poursuites dont ils étaient menacés, c'est probablement pour cette raison que l'on a, à tort, donné les Sauvetés comme des 

refuges de criminels.

   Le " village neuf II est une fondation qui est assortie de clauses particulières afin d'assurer la réussite des opérations foncières.

   En Auvergne, de nombreux villages de ce type ont été crées sous l'influence d'Alphonse de Poitiers. 

A ce jour, on ne possède aucun acte de pariage pour La Sauvetat, mais on y retrouve les caractèristiques principales de ces fondations à savoir une localité qui "apparaît"  vers le XIIIe siècle, en 1261 elle paie un cens à Alphonse de Poitiers, un plan orthogonal, et des clauses spécifiques (celles des Sauvetés).

LES HOSPITALIERS A LA SAUVETAT

La présence des Hospitaliers à la Sauvetat ne fait aucun doute à partir de la deuxième moitié du XIlle siècle.

En 1287, Simon de Beaulieu, évêque de Bourges, visite la Commanderie de La Sauvetat. 

En 1293, La Sauvetat est répertoriée commeCommanderie Hospitalière par Jean de Trie Bailli d'Auvergne.
Il faut également rappeler que le XIIe siècle est la période de pleine expansion des Commanderies, celle du Puy a été créée en 1153 celle de Montferrand en 1190.

   Cependant pour l'instant, on ne peut affirmer que ce sont les Hospitaliers qui sont à l'origine de l'implantation du village. On peut remarquer que les Sauvetés sont en général d'origine religieuse, que les Hospitaliers ont crée des villages neufs en Orient et que protéger les pèlerins et les routes entraient dans leurs fonctions.
   De la même façon, on ne sait ce que les Hospitaliers ont trouvé en s'installant sur le site de La Sauvetat.

   Dans ce qui est aujourd'hui la cour de l'église, on trouve des éléments de roman primitif On peut donc s'interroger sur le château qui figure au cadastre de 1819 -1 est-il à l'origine du site ou a-t-il été édifié en remplacement d'un bâtiment plus ancien ?

   Par contre, l'ensemble formé par le château, la tour carrée et la chapelle, appartient bien à une structure Hospitalière, comme le montrent les études, sur les Commanderies Hospitalières, menées par C.HIGOUNET et IGARDELLES (éléments de base constants et disposition identique ).

   Au début du XlVe siècle, la France aborde une longue période d'insécurité (bandes armées, guerre de cent ans, guerre de religion) et dans de nombreuses villes et villages des fortifications sont élevées ou remises en état créant ainsi des lieux de refuges pour les habitants.
Ces " Quartiers Fortifiés " ou " Forts " parviendront jusqu'à nous et représenteront une richesse patrimoniale incontestable mais trop souvent ignorée.
 

      Odon de Montaigu, grand Prieur d'Auvergne de 1312 (?) à 1344 achète La Sauvetat aux Dauphins du Viennois. Le document de 1324 est une cession de droits, aucune mention de fortifications n'y est apportée et le donjon pourrait être antérieur à 1300. On peut donc penser qu'Odon de Montaigu a complété et modifié des aménagements antérieurs et c'est finalement une double ligne de remparts qui protégera la place comme l'impose  l'architecture militaire pour les fortifications de plaine, donnant ainsi aux Forts de La Sauvetat, un caractère exceptionnel sur le plan régional.

   C'est également Odon de Montaigu qui a fait don à La Sauvetat, en 1319, d'une vierge en cuivre doré à l'or fin et émaillé par place ( émaux du Limousin).Aujourd'hui ses armes sont encore visibles à côté ce celles de l'Ordre de 

St Jean de Jérusalem, au-dessus de la porte du rez-de-chaussée de la tour ronde et à l'angle d'un bâtiment qui abritait le four à pain.
   Enfermée dans sa double ligne de fortifications, La Sauvetat présente une place sûre, ainsi en 1440 pendant la ligue dite de la Praguerie, organisée par le futur Louis M contre son père, elle recevra les deux ordres de la noblesse et du clergé qui délibéreront de leurs affaires

   Pendant les guerres de religion, La Sauvetat jouera également son rôle de protection et de surveillance. Ainsi le tocsin sera sonné à St Sandoux, Authezat et Plauzat après que le signal ait été donné par La Sauvetat pour prévenir les ligueurs de l'arrivée des troupes royales.

   La paix revenue, le Quartier Fortifié perdra son rôle de défense, et l'évolution du matériel militaire provoquera la désaffection de ce type de fortification.

   Mais la richesse de La Sauvetat, basée sur la production des céréales et du vin, amènera tout naturellement les habitants à utiliser les bâtiments des Forts à des fins agricoles.

   De profondes modifications permettront la permanence de ces bâtiments ouverture des caves sur l'extérieur des remparts, création de fenêtres, des constructions seront édifiées à l'emplacement des fossés alors comblés.

   Jusqu'à la révolution, La Sauvetat restera un centre agricole riche sous l'administration des Hospitaliers.

   A la vente des biens de l'ordre, le 09 octobre 1795, la chapelle, le donjon et les ruines du château deviendront propriétés communales. Au XIXe siècle, La Sauvetat retrouvera l'histoire commune à tous, mais saura préserver son Quartier Fortifié.

   Et même si celui-ci fut quelquefois malmené, il reste aujourd'hui un beau témoignage d'un passé remarquable.

EVOLUTION ARCHITECTURALE DES FORTS DE LA SAUVETAT

 


 
   Pour mettre en évidence l'évolution architecturale des Forts de La Sauvetat nous avons à notre disposition le cadastre à partir de 1819.

   Antérieurement à cette date, les Terriers et Visites sont des documents précieux.

   La " Lecture du Bâti " est plus délicate puisque l'évolution s'est faite à par-tir de matériaux trouvés sur place. Ainsi des structures romanes, gothiques, renaissances... sont intégrées dans des aménagements plus tardifs.

   Au centre du Quartier Fortifié, on trouve un élément majeur " La Claustre composée d'une chapelle romane, d'une tour carrée et d'un château.

   Ces bâtiments sont attestés par les terriers, les visites et le cadastre de 18 19.
 

   Aujourd'hui, fortement dénaturés, ils sont encore suffisamment visibles pour ne pas figurer au rang des hypothèses. Or, les études menées sur des Commanderies Hospitalières font apparaître la permanence de ces éléments et de leur situation que l'on rapporte à l'architecture Cisterienne qui a très fortementinfluencéles constructiond Hospitalières.Deux enceintes fortifiées que l'on peut attribuer aux périodes troublées des XIVe et XVe siècles font de cette Commanderie un Quartier fortifié encore remarquable aujourd'hui.

   L'empreinte du bâti ne se modifie guère avec le temps, excepté derrière la Chapelle où des loges y étaient encore accolées au XVIlle siècle.

   La démolition du bâtiment au-dessus du four à pain et la création d'un escalier pour accéder au premier étage de la Tour ronde (l'accès antérieur n'est pas connu) sont des remaniements de la fin du XVIIe siècle.
Les accès aux caves à partir de 1 'intérieur des Forts sont abandonnés au profit d'accès percés sur l'extérieur des remparts.

La photocopie est mauvaise je vais essayer de la remplacer
par une  de meilleure qualité.

 
 
   L'enceinte extérieure aurait été flanquée de neuf tours. Actuellement, deux tours sont visibles aux angles sud-est et nord-est. La tour sur la parcelle 328 a été rasée après 1819.

   Les traces de cinq autres tours ont été retrouvées à ce jour.

   Après la vente des biens de l'Ordre, en 1795, quelques bâtiments seront repris et modifiés au XIXe siècle, par exemple le four à pain est transformé en grange en 1833.

   Les modifications les plus importantes viendront de la volonté de transformer la Chapelle Romane en Eglise au XIXe siècle.

   Dans un premier temps (1840), la Chapelle deviendra le transept de l'Eglise actuelle, il en résultera la démolition du Château (parcelle 381 et le percement des deux lignes de remparts côté nord (parcelles 384 et 416) afin de permettre l'acheminement des matériaux

   L'édification du choeur en 1872, s'effectuera au détriment de la parcelle 378.

 


   Au XIXe siècle également, de nombreuses caves seront creusées sous les caves existantes on a ainsi deux, voir trois étages de caves pour une même parcelle.
   A une période non déterminée (après 1760) la tour carrée est abaissée de un ou deux étages.La crise du phylloxéra au début du siècle, entraîne la diminution des exploitations viticoles, ce qui aura pour conséquence le non entretien des caves dans les Forts. Des toitures s'effondreront entraînant la destruction des voûtes et on commencera à voir apparaître de nombreuses ruines et excavations qui rendront les Forts mal aisés et assez dangereux pour la circulation.

   Après 1930, la démolition de la parcelle 359 sera demandée afin de faciliter l'accès des engins agricoles. Pour les mêmes raisons la porte de la Claustre sera supprimée et la voie élargie à cet endroit.

   L'effondrement de la parcelle 354 aménera la commune à raser les éléments restants pour des " raisons de sécurité " et les parcelles 355 et 356 seront à leur tour supprimées.

   Plus près de nous (années 1960-1970), la parcelle 301 sera rasée toujours pour des " raisons de sécurité ".   On peut remarquer qu'à cette période, les Forts sont protégés (1926) et que ces démolitions n'ont été soumises à aucun contrôle (parcelles 301-354-355-356).
 

LES AMIS DE LA COMMANDERIE

   Fin 1983, Messieurs Troquet et Courtet après avoir fait la même analyse quant à l'évolution de la situation du Quartier des Forts, lancent l'idée de créer une association. Six mois plus tard, le 05 juillet 1984 une première réunion a lieu. Au cours de celle-ci, l'orientation générale de nos actions futures est définie,

   Il s'agit de protéger l'ancienne Commanderie en arrêtant toute nouvelle dégradation, en sauvant les ruines, en faisant disparaître tout danger et rendre ainsi le site visitable.

   Après avoir publiquement informé les habitants de La Sauvetat, le 27 juillet 1984, nous présentons notre projet au Conseil Municipal, le 19 octobre, nous organisons au foyer rural notre assemblée constitutive au cours de laquelle l'association est créée sous la dénomination :

" Les Amis de la Commanderie "

   Les statuts seront publiés au journal officiel le jeudi 06 décembre 1984 et ils ont pour objet de :

- Promouvoir une action culturelle d'ensemble, fondée sur la connaissance, la défense, la réhabilitation et la réutilisation à des fins culturelles, éducatives et sociales du patrimoine archéologique, historique, architectural et naturel du pays de La Sauvetat et sauvegarder, en particulier les Forts et le Donjon de l'ancienne Commanderie-
   Depuis sa création, l'Association a su remplir ses objectifs avec l'aide de ses bénévoles, de la population locale, et grâce au concours des collectivités territoriales (Conseil Général, Conseil Régional) et des Ministères (Affaires culturelles, Affaires sociales, Agriculture, Artisanat, Bâtiments de France, Equipement, Jeunesse et Sports).

    Pour mémoire, nous vous rappelons nos principales actions 

* Depuis 1985, les Amis de la Commanderie ont chaque année participé aux journées Portes Ouvertes dans les Monuments Historiques ;
 * Edition de cartes postales et gravures représentant les éléments remarquables du Patrimoine local.
 

 * Edition de bulletins
 * Organisation d'expositions,
 * Organisation de Journées Culturelles,
 * Organisation de spectacles dans les Forts : théatre, concerts ;
 * Recherches historiques ;
 * Restauration du quartier des Forts avec :
   - achats de bâtiments en ruines
   - nettoyage de quartier
   - réfection de toitures
   - reconstruction de bâtiments
   - réfection de la porte St-Jean
   - reconstruction d'un porche attenant à la Chapelle St-Esprit
   - organisation de stages de limousinerie, couvertures, crépis à la chaux
   - chantiers de jeunes bénévoles internationaux
   - chantiers de réinsertion
   - une ouverture au public d'un bâtiment du XlVe siècle restauré, primé en 1993  et future "Maison des Forts"
   - restauration de la Maison Vaudel (XVe -XVIe siècle)

Bibliographie :

 
M.Boudet 

A.Châtelain

M.Cohendy
 

H.Doniol 

G. Fournier

G. Fournier. 

G et P.Fournier
 

Guélon (Abbé)

C.Higounet et J.Gardelles

A.Imberdis 

F.Imberdis 

L.Niepce

L.Palustre
de Montifaut

M.Provost
et C.Messenier Jouanet

J.B de Vaivre
 

Ordre de St Jean de Jérusalem 

Dessin de couverture 

Dessins pages intérieures

Textes et mise 
en pages
 

Le domaine des Dauphins du Viennois et des comtes du Forez en Auvergne.

Château Forts. Image de pierre des guerres médiévales.

Inventaire de toutes les Chartes antérieures au XIIIe siècle. Académie des Sciences  et Belles Lettres.

Cartulaire de Sauxillanges. Chartes 554, 559.

Essai sur le peuplement de la Basse Auvergne à l'époque Gallo-Romaine

Le peuplement rural en Basse Auvergne durant le Haut Moyen-Age.

Villes et Villages neufs au XIlle Siècle en Auvergne. A propos des Fondations d'Alphonse Fournier  de Poitiers.

Histoire de La Sauvetat-Rossille

Ordres militaires dans le Sud-Ouest de la France.
 

Hstoire des guerres religieuses en Auvergne.

Le réseau routier de l'Auvergne au XVIlle siècle, ses origines et son évolution.

Le Grand Prieuré d'Auvergne.

Lettre à M.Jules du Laurière sur les aiguilles de Figeac.
 

La carte archéologique de la Gaule 63/2.
 

Odon de Montaigu. Prieur d'Auvergne de l'Ordre de Saint de Jérusalem au XIVe siècle.

Visites de la Commanderie de La Sauvetat de 1615 à 1789.
 

J.C Richard

 M. Besset
 

T.Courtet
 


 

 
 

Andrée Parbelle