Extrait du livre d'Elie Cottier : Le papier d'Auvergne (1938)
Les origines, la grande époque, la décadence de l'industrie
papetière ambertoise
| L'origine de la papeterie
ambertoise est fort ancienne. La légende (et il
semble bien que ce ce ne soit pas une pure légende, mais bien
une tradition respectable, bien fondée) veut que les premiers
papetiers d'Auvergne aient été des guerriers revenus d'une
croisade, rapportant de Terre Sainte, où ils l'avaient appris des
Infidèles, les secrets d'une fabrication alors inconnue en France.
Certes, l'acte authentique le plus ancien qu'on ait découvert, quant à l'existence de papeteries dans le Livradois, remonte-t-il seulement à 1493, alors que les dates de 1402, 1403 et 1487 ont été révélées pour Chamalières et pour Thiers ; alors aussi que l'existence de moulins à papier, sur d'autres points du territoire français, est certaine dès le XIVe siècle. Mais le filigrane de Jacques et Antoine Sauvade
père et fils, du lieu de Richard, paroisse d'Ambert, savoir
"un coeur chargé d'une fasce" (barré de deux traits en large),
semble figurer sur un feuillet écrit au Puy en 1326.
Les croisés. La légende des
trois croisés est la suivante : Trois guerriers, Malmenaide, Falguerolle
et Montgolfier s'embarquèrent avec Saint Louis, pour la Palestine,
en 1248. Faits prisonniers, ils restèrent longtemps, à Damas,
puis, après des fortunes diverses, ils revinrent en Auvergne, rapportant
le fameux secret du papier, et installèrent alors les premiers moulins,
près d'Ambert. Et c'est pour perpétuer le souvenir de leur
croisade qu'ils auraient nommé les deux premières fabriques
Damas (aujourd'hui la Dame) et Ascalon (aujourd'hui Escalon).
La grande époque. Mais au grand
siècle, le papier d'Ambert était assez beau pour qu'on y
couchât les Mémoires de Louis XIV, écrites par Racine,
historiographe. C'est aussi au papier d'Ambert qu'on réservait les
belles estampes, les gravures, les thèses, les éditions,
devenues aujourd'hui précieuses, de Molière et de Massillon
; c'est encore en Auvergne que les ministres du roi-soleil faisaient fabriquer
le papier de compte, le papier Colbert, le Tellier, qui a laissé
son nom au format "Tellière".
Décadence. De fait, les compagnons
papetiers étaient susceptibles, et leur esprit d'indiscipline s'opposait
souvent aux efforts accomplis par les patrons, en vue de l'amélioration
de la qualité des produits.
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| Au cours de la seconde moitié du XVIIIe
siècle, l'industrie papetière d'Auvergne avait eu, en outre,
beaucoup à souffrir, notamment des efforts sournois accomplis par
l'étranger pour la ruiner, et aussi des guerres et de leurs conséquences
: rareté et prix exorbitant des chiffons, coût accru de tous
les produits, diminution des ventes, excès des impositions.
Le machinisme. Ici se place, d'ailleurs
une autre cause de décadence, et singulièrment importante,
savoir l'introduction du machinisme dans la fabrication.
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La fabrication ancienne du papier était caractérisée par une division extrême du travail qui avait pour effet, non seulement d'augmenter la puissance productrice des usines, mais aussi d'assurer la conservation des "secrets". Dans la ville d'Ambert, une feuille de papier, avant d'être parfaite devait passer par vingt-cinq mains. Le triage des chiffons. Le papie d'édition
et le papier filtre demandaient des chiffons blancs.
Le pourrissage. Les chiffons étaient
alors mis à fermenter dans le "pourrissoir", une énorme cuve
de granit, où ils étaient souvent arrosés et où
ils séjournaient 10 à 15 semaines durant. Le pourrissoir
était surveillé par un "gouverneur", de qui dépendait
pour une large part la qualité du papier.
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| Les marteaux. Le chiffon ainsi réduit
en franges étaient apporté alors au moulin. Là, sous
une voûte basse dont les murs laissaient l'eau suinter de toutes
parts, les marteaux menaient leur bruit assourdissant.
Les "têtes" de ces marteaux, chargées de clous tranchants et de pesantes ferrures, tombaient et retombaient à intervalles réguliers, dans des "creux de piles" où elles battaient, écrasaient, déchiquetaient les fragments de chiffons. De l'eau, amenée par un "coursier" était distrivuée dans les piles par un conduit de bois, le "grand échenal". Renouvelée constamment, elle épurait le chiffon , et s'échappait par un "kas", tissu de crin à larges mailles. L'action des marteaux était la seule opération où la main de l'homme n'intervînt pas. Un torrent, capté et aménagé en chute, soustrayait les papetiers à ce labeur, qui eût été au-dessus de leurs forces. |
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| Une roue à aubes, disposée
contre l'une des parois extérieures du moulin, entraînait,
en tournant un arbre de couche qui était un énorme tronc
long de 6 à 7 mètres, et qui portait des cames.
Ces cames, qu'on appelait "levées" soulevaient puis laissaient retomber tour à tour la tête des pilons broyeurs. Mécanisme primitif, sans doute. Il fonctionne encore. La cuve. Lorsque la matière broyée
par les maillets était réduite à l'état de
pâte suffisamment ténue, on la portait avec l'eau nécessaire,
dans la salle de la "cuve".
La "forme" - L'art de l'"ouvreur" - La
tache du "coucheur". L'ouvreur se tenait debout près de la cuve.
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| La presse. Lorsqu'un certain nombre de
porses étaient faites on les pressait pour en exprimer l'eau.
La presse était soutenue par deux tronc de merisiers, avec des madriers pesants, les "moutons", un gros écrou de bois d'orme, et à côté, un cabestan où s'enroulait un câble. Les porses étaient rangées sous les moutons, on serrait l'écrou à la main, et quand l'effort devenait trop pénible, on utilisait le cabestan, dont la manoeuvre n'était pas un jeu. C'était le travail le plus dur de la fabrication. Il fallait, ensuite, retirer d'entre les flôtres les feuilles encore humides et bien fragiles. Le "leveur", qui s'acquittait de ce soin, était lui aussi un homme adroit. Il lui fallait éviter toute faute qui aurait eu pour effet une déchirure, une ride ; éviter aussi la chute des redoutables gouttes d'eau dont la moindre aurait irrémédiablement percé ou gâché, donc renvoyé à la cuve la belle feuille nouveau-né. |
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| L'étendoir - le collage - le séchoir
- le lissage. Pour "étendre", les papetières se servaient
du "frelet", ou T de bois, dont l'usage évitait la rupture des feuilles
encore fragiles, sur les cordes de l'étendoir.
Quand les feuilles étaient sèches, on les rassemblait, et il fallait les mouiller à nouveau, dans le "mouilloir", avant de pratique l'opération du collage, s'il s'agissait de papier collé. |
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Pour faire la gélétine on faisait
bouillir dans l'eau des débris de peau, des tendons et des cartilages
auxquels on ajoutait 10 % d'alun, puis encore 30 % au moment de l'emploi.
Le colleur encollé environ 80 feuilles à la fois. Un nouveau pressage avait alors pour effet d'éliminer l'excès de colle, avant que le papier ne fût étendu et séché à nouveau, dans le "séchoir" clos de planches mal jointes, où les quatre vents régnaient en maîtres, mais où le soleil ne pénétrait jamais. Ensuite, il était épluché et lissé, dans le "lissoir". Au moyen d'un grattoir, une ouvrière enlevait les noeuds, fils et bosses, puis elle posait sur une peau de basane, fixée à une table appelée "lissoire", la feuille de papier qu'elle frottait en tous sens avec un caillou poli, en forme de demi-cercle. Toutes ces opérations demandaient de grands soins, quelques simples qu'elles puissent paraître. |
| Les "secrets" résidaient, au fond, dans un labeur qu'il fallait vouloir extrêmement consciencieux, à peine d'inutilité, mais on doit reconnaître que la qualité supérieure des produits de certaines fabriques était due aussi à des dosages savants de chiffons, à l'emploi de formules particulières, à des soins spéciaux dont il était assurément légitime de ne rien divulguer. |
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| Actuellement sont inclus dans le papier des éléments
végétaux, feuilles de fougères, pétales de
fleurs séchées.
Les photographies sont de Francis Debaisieux et extraites de Mémoires d'Auvergne de Jean Anglade. (Editions De Borée) Vous pouvez obtenir des renseignements sur l'accès, les horaires de visite, les tarifs, etc. Clic ! Allez visiter car c'est très beau. |